La petite sirène
Le Noël d'Ariel sous la mer

Depuis qu'elle était montée à la surface de l'océan, la petite sirène passait son temps à rêver à la vie chez les humains.  Chaque nuit, malgré l'interdiction du roi Triton, son père, Ariel gagnait la surface avec son ami le poisson Polochon pour admirer un merveilleux palais brillant de mille feux.  Sébastien le crabe, qui avait reçu l'ordre de la surveiller, faisait de son mieux...  Par une soirée d'hiver, Ariel se tourna vers Polochon, les yeux brillants:
- Regarde, Polochon!  On dirait que les étoiles du ciel sont descendues sur la colline!
- Ces lumières magnifiques semblent venir du palais, dit Polochon.
Le palais et même le parc scintillait dans la nuit comme les étoiles de la Voie Lactée.  Une nuit, Eurêka la mouette se posa sur leur rocher.
- Tu observes la marée de folie qui s'abat sur les hommes, déclara la mouette, qui prétendait connaître les humains.
- La marée de folie? s'étonna Ariel.
- Oui.  Ils appellent cela Noël.  A cette occasion,ils se saluent de façon ridicule en se souhaitant de bonnes fêtes et ils décorent leur maison avec du houx.
- C'est quoi toutes ces lumières qui scintillent?
- Des bougies!  Un façon, pour les humains, d'accueillir la nouvelle saison.
Eurêka évoqua le sapin géant qui était dressé dans la salle de bal, les longues tables garnies de viandes et de gâteaux.  il parla aussi des cadeaux que les humains échangeaient en témoignage d'affection.
- Finalement, conclut Eurêka, Noël mérite d'être vu!
Ariel l'écoutait, ravie.  Elle aurait tant aimé participer à ces festivités!  Ariel regagna tristement le royaume de son père.
- Je ne veux plus revoir les lumières du palais, dit-elle.  Puisque je ne pourrai jamais partager le Noël des humains...
- Nous pourrions organiser notre propre Noël, proposa Polochon, qui ne supportait pas de savoir Ariel malheureuse.
- Pourquoi pas?  Nous décorerons la grande salle du palais.  Je me procurerai des cadeaux pour mes soeurs et pour mon père.  Il comprendra peut-être ainsi que les humains ne sont pas aussi barbares qu'il le croit!
Quelle effervescence, les jours suivants!  Après avoir décoré la salle, Ariel, Polochon et le crabe Sébastien fabriquèrent un grand arbre avec des rubans d'algues vertes, puis suspendirent à ses branches des coquillages et des étoiles de mer.  Dans la caverne où elle rangeait les trésors dénichés dans les épaves de bateaux, Ariel trouva des bougeoirs mais pas de bougies!
- Je t'en supplie, Eurêka, rapporte-moi des bougies!  Elles sont indispensables!
- Pas de problème, dit la mouette, je sais où en emprunter!
Près de l'embouchure du fleuve, Ariel ramassa de magnifiques pierres de lune, des galets roulés par les eaux depuis la colline.  Ils feraient de beaux cadeaux pour sa famille, des présents qui leur montreraient combien elle les aimait.  Quant à Polochon, il fouilla frénétiquement la grève, à la recherche d'un objet qui rappellerait à Ariel la terre qu'elle aimait tant.  Il aperçut alors un jeune homme qui parcourait la plage, l'air triste.  Tout à coup, un bouton sauta de sa chemise.  Un bouton en cristal qui étincelait dans le sable.  Polochon récupéra le bouton, l'enveloppa dans une algue et noua le tout avec un petit ruban.
La veille de Noël arriva enfin.  Le coeur d'Ariel battait d'excitation tandis qu'elle emballait les cadeaux destinés à sa famille dans les pétales d'une anémone de mer.  Lorsqu'elle eut fixé les bougies sur l'arbre, Ariel souffla dans un gros coquillage pour prévenir son père, le roi Triton, et ses soeurs.
- J'ai une surprise pour vous! annonça-t-elle.
- C'est une fête de la mer? s'étonnèrent ses soeurs, éblouies.
- Pas vraiment, balbutia Ariel.  C'est Noël!  Une fête que les humains célèbrent ainsi!
- C'est splendide! reconnurent-elles.
Triton lui-même approuva.  Il approcha son trident de l'arbre et toutes les bougies s'allumèrent comme par magie.
La soirée fut remplie de joie.  Triton donna un grand festin accompagné d'un concert.  Ariel apporta ensuite ses cadeaux et souhaita un joyeux Noël à toute sa famille.
- Où as-tu trouvé ces joyaux? demandèrent ses soeurs en découvrant les peirres de lune qui étincelaient.
Ariel leur expliqua qu'elles avaient été façonnées à la fois par la terre et la mer, unies pour réaliser ces merveilles.  Son père approuva d'un signe de tête en souriant.  Il avait compris le message des pierres de lune.
La fête touchait à sa fin quand Polochon dit à Ariel:
- J'ai quelque chose pour toi.  Joyeux Noël!
Et il lui raconta comment il avait découvert ce merveilleux objet.
- Polochon!  Comme il est beau! s'écria Ariel.
Elle saisit le bouton de cristal, passa un ruban dans le trou et le suspendit à son cou.
Le bijou vint se poser près de son coeur et brilla comme une étoile, comme les lumières qui scintillaient dans le palais, sur la colline.  Alors Ariel sentit son coeur se gonfler d'espoir.  Maintenant, elle en était sûre, son rêve se réaliserait un jour.

Livre Hachette Jeunesse